28 mai 2004 Soeur Luci Morren, religieuse originaire de Louvain en Belgique, est diplômée en économie familiale et en nutrition. Elle consacre sa vie au développement des populations les plus pauvres d’Amérique centrale et plus particulièrement celles du Nicaragua, avec l’association SOYNICA.

Sa révolte contre la misère lui fait pousser ce cri du coeur. Cela fait plusieurs années que nous accompagnons les femmes dans la prévention de la malnutrition et de l’anémie qui touchent les populations manquant de connaissances nutritionnelles, économiquement pauvres et souffrant de malnutrition chronique de génération en génération.

Nous avons étudié des années durant toutes les anciennes traditions alimentaires ainsi que les solutions anciennes ou récentes déjà existantes. Les populations possèdent en général une riche culture en matière de nourriture, même si, du fait de leur histoire, certaines se sont appauvries en bonnes habitudes alimentaires, perdant ainsi leur lien avec la nature qui fournit aux êtres humains tout ce qui leur est nécessaire pour vivre et être en bonne santé.

Nous avons ensuite fait l’inventaire des autres solutions existantes, en nous efforçant de comprendre les habitudes et en intégrant leur logique alimentaire pour pouvoir, si besoin, intervenir et corriger les erreurs.

Les coutumes, les habitudes de consommation représentent un patrimoine ; quand d’aucun souhaite intervenir en matière alimentaire, il doit renforcer ce qui est bon, corriger ce qui est erroné, apporter des innovations, faire découvrir ce qui est mal connu, encore et toujours.

Ainsi au Guatemala, une entreprise a lancé la «Incaparina», une céréale complétée avec des protéines issues de la graine de coton et la «Protemas», à base de soja trituré. Les résultats enregistrés ont été bons. Mais le soja trituré coûte trop cher pour des familles à faible revenu.

Par contre au Mexique, les personnes ont appris à cuisiner la fève de soja, beaucoup plus avantageuse que le soja trituré, car moins chère et facile à cultiver par les familles en milieu rural.

J’ai aussi travaillé dans des campements de réfugiés guatémaltèques dans la région des Chiapas au Mexique. La fève de soja et le soja trituré les ont beaucoup aidés. Les enfants et les jeunes femmes avaient rapidement recouvré une meilleure santé. A mon arrivée au Nicaragua en 1979, j’ai lancé la technique artisanale de préparation de la fève de soja. Nous avons introduit la culture du soja dans les champs, ce qui n’était pas la tradition.

Durant toutes ces années, des milliers d’enfants sont restés en vie grâce à ce que leurs mères ont appris sur la nutrition, enrichissant le régime alimentaire familial avec des plantes tombées en désuétude ou des aliments anciens et s’habituant à cuisiner la fève de soja.

Désormais, des milliers d’enfants sont moins maltrunis grâce à la présence des fèves de soja dans leur alimentation, et des milliers de familles trouvent un début de remède à leur situation de pauvreté malgré le manque de variété dans leur alimentation. Personne ne met plus en doute les bienfaits du soja.

Puis, un jour , nous avons découvert le principe de l’extraction foliaire. Une totale différence avec les alternatives précédentes !

Ce fut le démarrage d’une ère nouvelle dans l’optique nutritionnelle et le travail de SOYNICA. Non pas derrière les bureaux mais sur le terrain.

En 1989, l’Association anglaise LEAF FOR LIFE était arrivée au Nicaragua dans le but d’enseigner les techniques artisanales d’extraction d’éléments nutritionnels à partir des feuilles de végétaux verts. Les promoteurs de SOYNICA ont appris le procédé d’extraction foliaire et l’ont aussitôt ajouté à leurs ateliers de formation à la technique maison de préparation de la fève de soja.

Ils ont ainsi pu enseigner à la population à extraire les substances les plus riches contenues dans les feuilles vertes de plantes locales. Mais les extraits fabriqués manuellement à partir des feuilles présentaient un taux d’humidité trop important pour une bonne conservation. Leur consommation n’a pas atteint les résultats espérés.

SOYNICA a alors construit un atelier artisanal doté d’un macérateur mécanique pour augmenter le broyage des feuilles des arbustes de vigna unguiculata . On obtenait de 20 à 30 kg de concentré humide chaque jour.

Ce concentré était séché dans des fours solaires durant l’été. Nous disposions alors de 5 à 8 kg d’extraits foliaires secs, plus concentrés en nutriments que sous la forme humide.

La consommation a été multipliée par trois.

Les mères de famille et le personnel de SOYNICA ont rapidement observé des changements très positifs chez les consommateurs malnutris souffrant d’anémie. Personne n’avait jamais vu de récupération aussi rapide. Avec le soja et une bonne alimentation, il aurait fallu des mois et des mois pour avoir le même résultat.

Nous avons sollicité des officiels ou des médecins. Mais la plupart d’entre eux trouvait téméraire ou osée la simple idée de consommation d’extraits foliaires (EF). SOYNICA était une fois de plus une voix dans le désert ! Exactement comme cela s’était déjà produit lors de l’introduction de la fève de soja dans l’alimentation durant la décennie précédente.

En 1994, LEAF FOR LIFE et l’Association pour la Promotion des Extraits Foliaires en nutrition (APEF) se rencontraient et joignaient leurs efforts.

L’APEF envoyait des Extraits Foliaires de Luzerne (EFL) déshydratés très concentrés à SOYNICA afin que celle-ci les introduise dans le régime alimentaire des familles. Un nombre croissant d’individus allait avoir ainsi accès à ce complément alimentaire.

A la demande de l’APEF, nous avons commencé un contrôle d’efficacité suivi par un médecin sur 200 enfants et mères anémiques issus de familles pauvres.

En trois mois, plus de 85% des individus supplémentés atteignaient le taux d’hémoglobine normal (non anémié). SOYNICA a organisé ensuite la distribution des EFL dans les centres éducatifs communautaires ou préscolaires durant l’année scolaire, dans le but de contrôler là aussi l’augmentation du taux d’hémoglobine chez 2000 enfants de 3 à 6 ans.

Les analyses ont montré la même amélioration. Parallèlement, nous avons pu constater chez ces enfants de meilleurs résultats scolaires et une baisse de l’absentéisme en classe grâce à la diminution des maladies infantiles tant en fréquence qu’en durée.

Avec les EFL, SOYNICA avait désormais à sa disposition le moyen de guérir rapidement l’anémie des enfants malnutris . Cependant, aucun médecin n’ayant voulu en faire l’expérience sur ses patients, aucune autorité médicale n’a osé ni en parler ni en témoigner. Heureusement, les familles en milieu rural comme en milieu urbain, consommatrices d’extraits foliaires et plus spécialement d’EFL, devenaient témoins des résultats de cette consommation.

Les gens ont commencé à en parler autour d’eux. A dire qu’avec les EFL, ils avaient un meilleur appétit, ils étaient moins fatigués, ils récupéraient en énergie; que leur taux d’hémoglobine augmentait, leurs problèmes de peau s’atténuaient, que parfois leur vue s’améliorait, qu’ils guérissaient de la toux, des maux de tête, des insomnies, et que leurs maladies, et en particulier les affections respiratoires, étaient devenues moins graves et moins fréquentes.

Les mères affirmaient avoir une grossesse moins fatigante, mettre au monde des bébés plus gros et plus grands et récupérer plus rapidement après leur accouchement. Celles qui allaitaient avaient plus de lait et l’équilibre de l’alimentation des bébés au sevrage était assuré, tandis que les enfants grandissaient et prenaient du poids normalement.

Et le bouche à oreille relatait moult autres exemples d’amélioration de l’état général dans toutes sortes de pathologies ; les EFL, affirmait un certain nombre, amélioraient aussi l’état des personnes souffrant de grippe, d’amygdalite, de diabète, d’arthrite, de bronchite, de pneumonie, d’allergie, d’asthme et de tuberculose. Il est certain que le bon équilibre nutritionnel rétablit le système immunitaire et la résistance de l’organisme.

Ainsi, SOYNICA a effectué un essai de distribution d’EFL à des enfants atteints de leucémie en cours de traitement de chimiothérapie à l’hôpital infantile de Managua. En accord avec le chef du service, cette expérience s’est poursuivie.

Les extraits foliaires ont permis d’augmenter les défenses naturelles des petits malades, ainsi que leur taux d’hémoglobine, leur appétit et leur résistance aux maladies infectieuses. Des milliers d’enfants pauvres et malnutris leucémiques en traitement pourraient eux aussi bénéficier des apports d’EFL.

Ces témoignages sont importants, mais j’ai toujours eu peur que les gens considèrent les EFL comme un médicament plutôt qu’un complément alimentaire. Pour la grande majorité des familles à faible revenu et spécialement celles issues du milieu rural ou banlieusard, les extraits foliaires représentent une solution facile et moins coûteuse que le recours à la médecine. Mais avec l’image EFL = médicament, la consommation s’arrête aussitôt la guérison.

Quant à moi, que me suggère et que me dicte mon expérience en tant que nutritionniste ? L’anémie est un destructeur de vie. Elle empêche d’acquérir des connaissances, elle empêche la concentration intellectuelle, elle empêche l’analyse et le raisonnement. L’anémie fait de l’être humain un mort vivant .

SOYNICA a constaté, en mesurant le taux d’hémoglobine des enfants arrivant dans sa sphère de soins, que 40 à 60% d’entre eux étaient en dessous de l’objectif souhaitable. Les enfants qui consomment régulièrement les EFL atteignent rapidement le niveau optimal d’hémoglobine et y restent ensuite. Les macro et micro nutriments qui manquaient à leur alimentation quotidienne en raison de leur pauvreté leur sont fournis quotidiennement dans les 6 à 10 grammes du concentré.

Ce sont des enfants pauvres certes, mais ce sont des enfants intelligents, dont les cerveaux ne sont pas endommagés par une alimentation mauvaise et déficiente. D’où notre confirmation à la question posée par un visiteur mexicain observant les jeunes de SOYNICA en milieu scolaire : «Ceux-ci ne sont pas des enfants pauvres.» Non Monsieur, ils ne sont pauvres ni en santé, ni en énergie, ni en connaissance, ni en joie, ni en bonheur.

Leurs maisons, leurs vêtements, leurs chaussures sont pauvres, ils n’ont pas d’argent mais ils ont toutes leurs capacités mentales et sont prêts à affronter la vie. Ce sont des enfants vifs et complets disposant désormais d’un grand panel d’opportunités pour leur vie future dont, en particulier, la capacité d’assimiler tous les enseignements, toutes les formations.

Ces enfants ne seront pas plus tard les jouets du développement, ni de l’aide extérieure : ils seront les acteurs de leur propre développement. Face au déficit alimentaire de la majorité des familles nicaraguayennes, SOYNICA brandit les extraits foliaires comme outil contre la pauvreté. SOYNICA construit un capital humain, elle investit beaucoup de ses forces pour former des êtres humains exempts de malnutrition et d’anémie.

Grâce à la consommation d’EF ou d’EFL, beaucoup de familles issues du milieu rural franchissent la barrière de la faim, de l’inertie et peuvent sortir du cercle vicieux de la pauvreté. En particulier, les économies de médicaments et de visites chez le médecin permettent à ces familles d’investir plus dans les dépenses d’alimentation, d’éducation et d’habitat.

Ma question est la suivante : que se passe-t-il pour les milliers et milliers (et pas un millier simplement) d’enfants malnutris et anémiques dans ce pays et dans d’autres pays du monde ?

Qui se préoccupe de savoir que ces milliers et milliers d’enfants grandissent avec un cerveau détruit, avec des lésions dues à un déficit alimentaire, dues à l’anémie et à l’absence des soins qui leurs sont dus ?

Cette information n’est relayée nulle part dans le monde, encore moins au sein des organisations mondiales qui, pourtant, sont chargées de porter attention à l’alimentation et à la santé des populations et de chercher des solutions dans les régions touchées par une haute insécurité alimentaire. Ce n’est nulle part un sujet pour un économiste.

A-t-on déjà calculé les pertes économiques causées par la malnutrition et l’anémie ? A-t-on déjà calculé combien les maladies pèsent sur le budget des familles à faible revenu ?

Comment les familles paysannes s’appauvrissent parce leurs membres souffrent de maladies telles que l’asthme, les affections respiratoires, les diarrhées ? Est-ce le sens commun que la malnutrition chronique, et en particulier l’anémie, réduise les facultés humaines jusqu’à une inertie totale ?

Comment peut-on parler de «développement» quand plus de la moitié de la population est malnutrie et anémique, empêchée de participer aux progrès de la société ? Une bonne alimentation en quantité suffisante est essentielle au développement et à l’épanouissement de l’être humain.

La politique de SOYNICA est donc la prévention de la malnutrition et de l’anémie. Pour nous, il s’agit de toucher d’abord les femmes enceintes, les mères qui allaitent, les jeunes enfants et enfin tous les membres de la famille.

Le concept des Extraits Foliaires de luzerne ou d’autres végétaux verts FAIT DE LOIN LA DIFFÉRENCE entre toutes les autres solutions existantes.

Soeur Luci Morren :  soynica@sdnnic.org.ni N.B. : SOYNICA a aujourd’hui 15 années d’expertise dans l’usage des Extraits Foliaires :

  • De 1989 à 2003 avec les EF de végétaux verts locaux produits selon la méthode anglaise dite « artisanale ».
  • De 1994 à 2004 avec les EFL produits en France.

L’APEF collabore depuis 1994 avec SOYNICA pour observer l’effet des EFL sur une grande population : 132 tonnes ont été envoyées de France à ce jour par l’APEF représentant plus de 15 millions de doses/jour.